La photographe Fanny Begoin portant avec un charme fou Mina Harker 1, une collerette d'Ilinca Vlad, pièce unique faite à la main, en fil d'argent 925 tricoté avec des gouttes de verre de Murano et d'argent fin travaillées au chalumeau, fermoir en velours bordeaux.
Née en
1973 en Roumanie, de parents médecins, Ilinca est une enfant intrépide,
pétillante et intuitive. Elle a, dès son plus jeune âge, des
dispositions prononcées pour la lecture, le dessin et l’écriture, dont
elle se délecte chaque jour plus fascinée. Son imagination est son pays ;
celui où elle se raconte des fables fantastiques, joue avec les
allégories et rêve de fées, de chimères et autres créatures
transylvaniennes. Lorsque vous avez la fortune de l’entendre se livrer
un peu, mais toujours avec une grande pudeur, ses mirettes d’enfant
scintillent, comme ses perles, de ses utopies espiègles au bord de la
Mer Noire. Ce pays coloré est souvent dépeint comme une « île de
latinité dans un Océan slave » et c’est dans cet « attol » aux
influences bigarrées que grandit et s’invente Ilinca. Il est sans doute
l’une des origine de son intensité, de sa poésie et de son dessein,
dévoilée aujourd’hui dans ses créations.
En
1983, ses parents décident de s’établir en Suisse, afin d’offrir à
Ilinca, alors âgée de dix ans une autre terre aux mille possibles. C’est
à Yverdon, qu’elle débute son apprentissage de la langue de Molière. Un
authentique « cauchemar éveillé » selon ses dires. Toujours
aventureuse, elle se met donc en quête d’un moment et d’un lieu pour se
soustraire à cet exercice. Un jour, elle trouve cet espace-temps, dans
lequel elle n’a pas à converser : un atelier immense, dans lequel
travaillent un couple de jeunes artistes souffleurs de verre : Monica
Guggisberg et Philip Baldwin. Elle reste là des heures entières,
contemple émerveillée et écoute les sons, comme des incantations, de la
matière en fusion, des lumières prismatiques, des pigments chamarrés et
des objets improbables qui s’inventent ici. Elle le sait, les gestes
mystérieux de ceux qui ressemblent aux sorciers qui pouvaient peupler
ses légendes de petite fille s’inscrivent à ce moment-là pour toujours
dans sa mémoire.
Il y a
18 ans, le temps du voyage ensorcelant dans l’atelier des souffleurs de
verre n’est pourtant déjà plus qu’un souvenir lointain. Ilinca Vlad est
devenue une jeune femme élégante, au français parfait, érudite et
cultivée. Elle se destine à des études de Droit. Elle ne doute pas un
instant du chemin à emprunter. Son inclination pour les histoires, les
contes et les voyages est constante, mais elle a grandi. Son expression
créative et l’opulence de son univers sont ailleurs et répondent à
d’autres ambitions. Enfin,
il y eut cette nuit froide et iodée de janvier 2006, où sur un vaporetto
la ramenant de Murano à Venise, l’un des sanctuaire du verre, elle est
rattrapée par ses souvenirs impatients et passionnés. Son don. Ilinca
Vlad s’apprête à se consacrer non pas au chemin désigné jusque-là, mais à
embrasser son destin. Elle n’a pas peur. Elle est heureuse, comme elle
l’était dans l’atelier des artisans verriers 20 ans auparavant. Elle
voit éclore sa graine de folie, sa perle de folie, son envie
irrépressible de découvrir les secrets de fabrications ancestraux et
occultes des artisans verriers et de se lancer corps et âme dans cet
art. Oui, ce soir de janvier 2006 sur ce vaporetto, sa tête entière est
dans le monde et le monde entier dans sa tête. Les
mois s’écoulent et la cuisine exiguë de son appartement se transforme
peu à peu en un atelier d’artisan du verre. Dans cet antre d’apprentie
sorcière, le four ne sert pas à cuire des gâteaux, mais le verre en
fusion. Les boîtes d’épices aux mille couleurs sont en fait des émaux
merveilleux. Sur le plan de travail, pas de couteaux ou de cuillers,
mais des chalumeaux, des pinces, des bobines de fils d’or, de cuivre et
d’argent. Et dans les assiettes, des bonbons multicolores et
multiformes… Ses perles... graines mystérieuses des bijoux à naître. Dans le salon, entre les livres et les cahiers de croquis, des Ĺ“uvres de
l’artiste : colliers, bagues, boucles d’oreilles, ceintures. Partout.
Tout
est susceptible de l’inspirer : la nature, l'art, les voyages, les
saisons, les textures, une femme, le verre lui-même ou simplement
l’envie d'expérimenter lorsqu’elle est face à son chalumeau. Une
abstraction, une perle, les perles, le tricotin, la soudure et enfin le
bijou, son fermoir, chaque détail compte et est exécuté avec précision
et intelligence sensible. Une histoire. Chacune
de ses créations à la brillance iridescente est riche de son monde, de
sa générosité et de son lyrisme malicieux. Un acte d’amour. Artisan
bijoutier, elle crée des oeuvres uniques et authentiques, car elle pense
que chacun d’entre nous l’est aussi
Force
est de constater que l’étrange beauté du monde consentie par cette
apprentie sorcière a fait d’elle une magicienne déroutante.
Dalel Bouaïche